36 jours en mer : récit des naufragés qui ont survécu aux hallucinations, à la soif et au désespoir

FASS BOYE, Senegal — Un mois s’est écoulé lorsque les quatre premiers hommes ont décidé de sauter.

D’innombrables cargos sont passés à côté d’eux, pourtant personne n’est venu à leur secours. Ils n’avaient plus de carburant. La faim et la soif étaient insoutenables. Des dizaines de personnes sont déjà mortes, dont le capitaine.

Le voyage de Fass Boye, petit village de pêche sénégalaise en difficulté économique, jusqu’aux îles Canaries en Espagne, porte d’entrée de l’Union européenne où ils espéraient trouver du travail, était censé durer une semaine. Mais plus d’un mois plus tard, le bateau en bois transportant 101 hommes et garçons s’éloignait de plus en plus de la destination prévue.

Aucune terre n’est en vue. Pourtant, les quatre hommes croient, ou hallucinent, qu’ils peuvent nager jusqu’au rivage. Rester sur le bateau «maudit», pensaient-ils, était une condamnation à mort. Ils ont ramassé des récipients d’eau vides et des planches de bois, tout ce qui pouvait les aider à flotter.

Puis, un par un, ils ont sauté.

Dans les jours suivants, des dizaines d’autres feraient de même avant de disparaître dans l’océan. Il y avait ceux qui ont choisi de rester dans le bateau et ceux qui n’ont pas eu le choix, qui n’avaient plus la force de bouger. Ils dépérissent sous un vent assourdissant et un soleil implacable.

Les migrants qui se trouvaient encore sur le bateau regardaient pendant que leurs frères s’affaiblissaient. Ceux qui sont morts à bord étaient jetés dans l’océan jusqu’à ce que les survivants n’aient plus d’énergie. Les corps ont alors commencé à s’accumuler sur le pont.

Papa Dieye, 19 ans, prie dans la maison de son père à Diogo, au Sénégal, le lundi 28 août 2023. Credit: AP/Felipe Dana

Enfin, le jour 36, un navire de pêche espagnol les a repérés. C’était le 14 août 2023, et ils se trouvaient à 290 km (180 miles) au nord-est du Cap-Vert, le dernier groupe…

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